Ce qui fixe chaque taux
La Réserve fédérale ne fixe pas un taux unique. Le FOMC annonce une fourchette cible pour les fonds fédéraux et y maintient le marché grâce à deux taux administrés : la rémunération des réserves des banques (IORB) et le taux de sa facilité de prise en pension au jour le jour (reverse repo). Le taux effectif des fonds fédéraux (EFFR) est le niveau auquel se traitent réellement les prêts interbancaires au jour le jour non garantis : c’est le taux directeur tel que le marché l’affiche.
Les rendements du Trésor sont fixés par le marché, pas par la Fed. Celui à 2 ans correspond à peu près au taux directeur moyen attendu par les investisseurs sur les deux prochaines années ; celui à 10 ans y ajoute une décennie de taux attendus et une prime de terme, le surcroît de rendement exigé pour détenir une obligation longue plutôt que de renouveler des titres courts. La prime de terme du tableau est une estimation de modèle (Kim-Wright, Conseil de la Réserve fédérale), pas un prix de marché.
Le taux moyen de la dette du Trésor évolue lentement par construction. C’est le coupon moyen pondéré de toute la dette en circulation, qui ne change qu’à mesure que l’ancienne dette arrive à échéance et se refinance aux rendements du moment.
Comment le marché anticipe les hausses ou baisses de taux de la Fed
Les anticipations sur la Fed apparaissent d’abord dans les rendements courts. Si les investisseurs attendent des hausses, le rendement à 2 ans passe au-dessus du taux effectif des fonds fédéraux ; s’ils attendent des baisses, il passe en dessous. Les bons du Trésor fonctionnent de la même façon sur des durées plus courtes : le rendement d’un bon à 3 mois ou à 1 an est proche du taux directeur attendu sur sa durée de vie.
L’écart entre le rendement à 2 ans et l’EFFR donne donc une lecture approximative de la trajectoire attendue, pas une prévision, et il contient lui-même une petite prime de terme. Les contrats à terme sur fonds fédéraux et les swaps OIS valorisent la trajectoire réunion par réunion ; cette page ne les suit pas.
Calculateur de rendement des bons du Trésor américain (T-bills) →
Taux réels et point mort d’inflation
Un titre du Trésor indexé sur l’inflation (TIPS) à 10 ans verse un rendement réel en plus de l’inflation mesurée par l’indice des prix (CPI). Le rendement nominal à 10 ans moins le rendement réel des TIPS donne le point mort d’inflation : l’inflation moyenne pour laquelle les deux titres rapporteraient autant. On le lit comme l’anticipation d’inflation du marché, mais il intègre aussi une prime de risque d’inflation et l’effet de la moindre liquidité des TIPS.
Les taux réels comptent pour le prix des actifs parce qu’ils mesurent le rendement sans risque une fois l’inflation déduite. Quand ils montent, la barre que tout autre actif doit franchir monte avec eux.
Ce que dit la forme de la courbe
L’écart 10y−2y, le rendement à 10 ans moins celui à 2 ans, est la mesure la plus citée de la pente de la courbe. Positif, la dette longue rapporte davantage, la situation habituelle. Négatif, la courbe est inversée : le marché s’attend à des taux courts plus bas à l’avenir qu’aujourd’hui.
La courbe s’aplatit ou s’inverse en général quand la Fed relève ses taux et que le 2 ans monte plus vite que le 10 ans, et se pentifie quand des baisses sont attendues. Les hausses de 2022 l’ont maintenue inversée pendant environ deux ans. Cette page décrit la forme de la courbe ; elle ne traite pas une inversion comme un signal de calendrier pour l’économie ou les marchés.
Rendement à 2 ans vs à 10 ans du Trésor : quelle différence ? →